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Philippe Cognée - Autoportrait (détail), 2013, Encaustique sur toile marouflée sur bois, 41 x 33 cm
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Philippe Cognée, figures envisagées

du 11 juin au 18 septembre au Radar, Espace d’art actuel à Bayeux

« Saisi de face, plein cadre sur son visage jusqu’à barrer la ligne de son front, les épaules dénudées, les oreilles écartées, les yeux exorbités, le regard perdu, Philippe Cognée ne s’épargne pas lui-même. D’ailleurs, il n’épargne personne et l’image qu’il nous donne ici n’est ni plus, ni moins vraisemblable que celle de cet autre autoportrait où il s’est peint le cou tendu, la tête relevée en arrière, dans un floutage interdisant toute lisibilité. Qu’il s’en prenne à lui-même, à une figure amie ou à un inconnu, le peintre appréhende son modèle non tel qu’il le voit mais tel qu’il le perçoit au travers du filtre exclusif de lapeinture et à l’unique appui d’une image photographique.
Au travail du portrait, Philippe Cognée adopte les mêmes principes, use des mêmes protocoles et vise les mêmes fins que lorsqu’il traite n’importe quel autre sujet. Quel que soit le médium qu’il emploie, l’image finale procède toujours d’un écrasement, sinon d’un effacement dont la force, voire la violence est en quête d’une essentialité. Rien n’intéresse moins l’artiste que la question de la ressemblance e son art se garde bien de tout souci de représentation. En revanche, il est tout entier dévolu à la question de la présence. La metexis contre la mimesis, en quelque sorte. Un art de l’être-là contre un art de l’apparence.

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Philippe Cognée, A.G.,2001, Encaustique sur toile marouflée sur bois, 30 x 30 cm

Le portrait est l’un des genres majeurs de l’histoire de l’art. Longtemps considéré comme « l’image d’une personne faite à l’aide de quelqu’un des arts du dessin » (cf. Le Littré), donc de la peinture, il est préférable de ne pas chercher à vouloir le définir d’une formule globale, valable pour tous les temps et pour tous les styles. En effet, suivant la civilisation et le contexte dans lesquels il s’insère, le portrait remplit des fonctions qui diffèrent en même temps que sa nature se modifie suivant l’usage qui en est fait et la destination qui lui est dévolue. S’il fut un temps où les concepts de fidélité et de ressemblance constituaient les canons obligés de toute pratique artistique, l’époque moderne les a largement infirmés par une conception qui prend ses distances par rapport au motif traité. En écho à la fameuse formule de Maurice Denis , on pourrait dire que le sujet n’est jamais que le prétexte du tableau – le pré-texte, donc ce qui est avant le texte - et que la peinture en est le texte, dans ce rapport sémantique avec l’idéede texture, de matière, voire de chair. Pour ce qu’il relève de l’absorption du sujet dans la matière picturale, le travail de Philippe Cognée affiche clairement son objectif : atteindre une forme de dissolution du réel. A propos de portrait, l’artiste ne cache d’ailleurs pas sa détermination : « Il ne faut pas que ce soit trop réaliste. Si c’est trop ressemblant, ce n’est pas bien. » Tout est dit et le résultat est là, sous nos yeux, dans la surprise de toute une galerie de portraits aux visages souvent projetés en gros plan, présentant en surface toutes sortes d’ecchymoses, de tuméfactions, de perclusions ou de trouées. Toute une galerie de portraits qui jouent de brillances et de matités, de fonds clairs et de fonds bouchés, de face-à-face immédiats et d’angles de vue distordus offrant à la peinture l’occasion d’une déclinaison sans fin de figures incarnées comme autant de présences troubles.»

 

Extrait du texte de Philippe Piguet pour le catalogue de l’exposition.

Commissariat

Philippe Piguet

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Philippe Cognée - Autoportrait, 2013, Encaustique sur toile marouflée sur bois, 41 x 33 cm