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Virtual Exhibitions

Les couleurs de la mer

11.19

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Le musée Eugène Boudin consacre son exposition à Charles-François (1817-1878) et Karl (1846-1886) Daubigny.
Une exposition inédite tant par le thème – leur activité picturale sur le territoire normand – que par le regard croisé qu’elle propose sur leurs œuvres respectives.

Admiré par Vincent Van Gogh comme un grand coloriste, qui savait exprimer « un sentiment si navrant, si personnel » dans ses paysages, Charles-François Daubigny (1817-1878) a développé son œuvre au contact permanent de la nature. Dès la fin des années 1830, l’artiste, à la recherche de motifs inédits, lie la découverte du riche patrimoine paysager français au travail en plein air. Outre les excursions régulières dans les environs de Paris et la forêt de Fontainebleau, Daubigny explore l’Ile de France, le Val d’Oise, le Morvan, le Dauphiné, l’Isère. Parmi ses compagnons de route figurent alors Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875) et François Auguste Ravier (1814-1895). L’aménagement du bateau atelier Le Botin, avec lequel il sillonne l’Oise et la Seine à partir de 1857, lui permet de se consacrer entièrement à l’observation et à la traduction immédiate des effets fugitifs de l’eau et de l’air qui constituent les fondements de sa peinture.

Au début des années 1840, ce précurseur et futur défenseur des impressionnistes visite pour la première fois la côte normande, se rendant à Dieppe, bain de mer déjà à la mode, au pays de Caux et à Étretat. Toujours à la recherche de motifs authentiques et d’une approche intime de la nature, Daubigny découvre, en 1854, Villerville. Dès son premier séjour dans ce petit village de pêcheurs, situé entre Honfleur et Trouville, il s’enthousiasme pour la beauté et la richesse des motifs côtiers qu’il trouve ici réunis :
« Je vois qu’il y a quelque chose de bon à faire ici », écrit-il à son ami, le sculpteur Geoffroy-Dechaume ;
« Je vois la mer, et c’est si beau que je n’ai pas envie de courir ailleurs […] j’ai vu des couchers de soleil sur la mer qui rendent les Claude Lorrain bien ternes ; et puis des pêcheuses de moules, des pêcheurs de crevettes […]. Il faudrait de grandes toiles pour faire tout cela. » (Lettre du 23 juin 1854).
Le contact avec la mer à Villerville lui inspire l’élaboration d’une toute nouvelle typologie picturale dont il va décliner les principaux motifs à travers de nombreuses variations : l’étendue de l’océan et les couchers de soleil, les roches noires visibles à marée basse avec les pêcheuses et pêcheurs, la plage vue de l’Ouest avec les falaises et le village en surplomb, ainsi que le pré des Graves de Villerville où les habitants font paître leur bétail. À côté des paysages fluviaux, la mer devient donc l’autre thème de prédilection de Daubigny.
Le catalogue raisonné de Robert Hellenbrandt témoigne de la productivité impressionnante de l’artiste, qui s’approprie ces nouveaux motifs en réalisant pendant deux décennies plus d’une centaine de vues maritimes de Villerville.

En 1859, lorsqu’il présente au Salon l’une des premières versions du Pré des Graves (musée des Beaux-Arts, Marseille), le jeune Monet fait part de son enthousiasme à Eugène Boudin : « Daubigny, en voilà un gaillard qui fait bien, qui comprend la nature ! Cette vue de Villerville […] c’est quelque chose de merveilleux. ». Castagnary loue cette toile comme « la plus belle des œuvres exposées par l’artiste jusqu’à ce jour […] un véritable chef-d’œuvre digne de figurer entre les chefs-d’œuvre des grands maîtres […] ». Encore une dizaine d’années plus tard, la critique rend à nouveau hommage au même motif : « La grande côte normande, avec ses terrains mouvementés, ses criques déchirées, ses ciels bas et orageux, ses végétations héroïques, luttant, jusqu’à se tordre, contre les rafales salées de l’Océan, n’a jamais été interprétée avec une plus loyale admiration. C’est ici qu’éclate la supériorité de M. Daubigny » (Georges Lafenestre, Le Moniteur universel, 17 mai 1870, p. 3).

Au cours des deux décennies suivantes, lors de ses séjours réguliers à Villerville, Daubigny visite Honfleur, où il noue des liens artistiques et amicaux avec Eugène Boudin. Sur la plage de Trouville, il peint à l’été 1865 aux côtés de Courbet et de Monet. Plusieurs autres toiles et aquarelles, conservées dans des collections publiques ou réapparues ces dernières années en vente publique, témoignent encore de séjours à Dieppe, Étretat et de haltes sur les bords de la Seine, près de Rouen ou à Château-Gaillard, aux Andelys. Lors de ses pérégrinations artistiques à travers le territoire français, Charles-François Daubigny fut très tôt accompagné par son fils aîné Karl (1846-1886). C’est Karl, alors âgé de 11 ans, qu’il emmène quand il entreprend en 1857 son premier voyage sur l’Oise, à bord du Botin.
Peu connu du public aujourd’hui, celui qui apprend la peinture par son père, en étroit contact avec la nature, connaîtra un succès précoce en exposant au Salon dès 1863. L’année suivante, le jeune peintre y présente sa première Vue du Pré des Graves à Villerville. Si l’on prend comme références ses œuvres exposées au Salon, la mer normande y constitue l’un de ses principaux thèmes. Ce sont les effets atmosphériques de la côte qui fascinent le plus le jeune artiste. Dans ses nombreuses « impressions » du ciel et de l’océan dont la touche vigoureuse laisse supposer une exécution sur le motif, Karl Daubigny montre sa remarquable sensibilité de coloriste. Si son talent est unanimement reconnu par la critique, on lui reproche cependant rapidement une trop grande proximité stylistique avec son père. Dans son œuvre officiel, l’artiste se spécialise alors, sans abandonner les vues maritimes, dans les sujets rustiques où l’homme et ses outils jouent un rôle prépondérant. Scènes littorales et portuaires, pêcheurs et bateaux se retrouvent dès lors au centre d’une création brutalement interrompue par sa disparition précoce en 1886 (Barques de pêcheurs à Trouville, Salon de 1870 ; Retour de la pêche à Trouville, Salon de 1872).
Dans quelques vues bucoliques, il célèbre également le caractère champêtre de Honfleur et ses environs (Ferme Toutain à Honfleur, musée de Blois ; Ferme Saint-Siméon au printemps, environs de Honfleur, musée d’Art, Histoire et Archéologie d’Évreux).


Cette exposition révèle pour la première fois au public le regard artistique porté sur la côte normande par Charles-François Daubigny et son fils Karl. Pour le père, outre la typologie des motifs normands et leurs variations, elle permet d’illustrer le fascinant processus de travail en plein air que celui-ci adopte à Villerville, des « pochades » marquées par une touche extrêmement libre aux œuvres de grand format destinées aux expositions du Salon. Ainsi, selon son biographe Frédéric Henriet, la Vue de Villerville, présentée au Salon de 1864 (Musée Mesdag, La Haye) fut réalisée entièrement en plein air.
Explorant la variété des compositions réalisées au contact des motifs de la côte normande, l’exposition offrie aussi la possibilité de mettre les œuvres de Charles-François Daubigny en dialogue avec une sélection de tableaux de quelques-uns de ses illustres contemporains ayant travaillé sur le littoral normand (Courbet, Boudin, Monet, Jongkind). Cette mise en regard souligne la position unique de Daubigny récemment illustrée par l’importante exposition itinérante (Cincinnati, Edimbourg, Amsterdam) qui a situé son œuvre dans un lien de filiation avec Monet et Van Gogh. De fait, comme l’a souligné Vincent Pomarède, l’impact artistique de Daubigny ne se limite pas à celui de passeur ayant inspiré l’approche immédiate de la nature de certains impressionnistes. Il est aussi l’un des rares artistes à avoir su se renouveler au contact de cette nouvelle génération de peintres.

Concernant le fils, Karl Daubigny, l’exposition permet d’explorer l’évolution de son art à travers les motifs normands : de l’émulation exercée par son père à son émancipation. Elle met en évidence sa pratique virtuose de la peinture en plein air, entre observation précise de la lumière et des effets atmosphériques et matérialité appuyée des couleurs, et présente pour la première fois sa production de motifs littoraux animés, véritables scènes de genre maritimes. Outre ses propres œuvres, le musée Eugène Boudin présente une centaine d’œuvres peintes, dessinées ou gravées issues des collections publiques et privées en France et en Europe, parmi lesquelles : musée des Beaux-Arts, Blois ; musée Bertrand, Châteauroux ; château-musée, Dieppe ; musée des Beaux-Arts, Dijon ; musée d’Art, Histoire et d’Archéologie, Évreux ; musée des Beaux-Arts et musée Grobet-Labadié, Marseille ; musée d’Orsay, Paris ; musée des Beaux-Arts, Pau ; musée des Beaux-Arts, Reims ; Bibliothèque nationale de France et Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris ; Rijksmuseum, Amsterdam ; Museum, Gouda ; musée des Beaux-Arts, Gand…

  • Karl Daubigny Falaises au soleil couchant. Huile sur toile. Dieppe Chateau-musée, inv. 84.3.1b © Bertrand Legros